Quand le réveil sonne, je n'ai pas tellement avancé, mais je suis moins troublée par ce qui vient de m'arriver. Je mange rapidement, inquiète que l'on puisse me voir l'épaule ensanglantée. Je monte à l'étage, dans la salle de bain, et enlève enfin le mouchoir. Ce que je vois dans le miroir m'épouvante : la blessure est déjà en train de cicatriser. Je peux regarder, en me concentrant un peu, chaque petit morceau de peau (ou de vaisseau sanguin, je n'en sais rien, j'ai toujours été nulle en SVT) se reformer et se ressouder avec son voisin d'en face. Je met un pansement, -on ne sait jamais-, lave mon mouchoir et débute ma toilette comme si de rien n'était.
A 7 heures 30, je me dirige enfin vers le collège, la tête un peu brumeuse, ce dû à la mauvaise nuit que je viens de passer. J'essaye tout de même de rester concentrée sur les paysages, examinant chaque réverbère dans le détail. Pourtant, Zacharie n'est pas là.
Arrivée au collège, je me précipite vers le tableau des « absents ». Le nom de mon professeur de mathématiques y figure ; les cours se terminent à 3 heures.
- Qu'est-ce que tu comptes faire ?
- Oh, bonjour. Je crois que je vais réviser... mon allemand ne s'améliore pas ! Et toi ?
Serenity, ma meilleure amie, me sourit de son sourire si particulier, et je comprends tout de suite qu'elle va passer l'après-midi avec son petit ami.
Je ne lui parle pas de Zacharie. Elle ne me croirait pas. Et si jamais elle y prêtait attention, elle s'inquièterait immédiatement. Pour rien.
La sonnerie retentit. Nous nous dirigeons chacune vers notre cours respectif. Je ne peux m'empêcher de tourner la tête dans tous les sens, un peu crispée à l'idée qu'il pourrait apparaître n'importe quand.
La journée se déroule sans encombre. Je me dirige vers la sortie du collège, mon sac trop lourd sur le dos (quelle idée d'emmener deux livres et un dictionnaire aussi !). J'aperçois un scooter derrière la grille. Je n'y prête guère attention et traverse la route.
- Tawes ?
Je tourne la tête. Zacharie ? Non. Simplement Selyan, le petit copain de Serenity.
- Bonjour ! Ça va ?
Je feignais l'enthousiasme. Inutile ; il n'est pas idiot.
- Moi oui. Toi, en revanche, tu es fatiguée.
Il marque une pause, guettant ma réponse, qui ne vient pas. Il continue :
- Serenity est bien censée quitter maintenant ?
- Oui. Mais elle a été retenue par la prof de français. Correction de rédac, d'après ce qu'elle m'a dit.
Il acquiesce. J'articule un « Bon après-midi » aussi joyeux que je peux, puis tourne les talons.
Quasiment certaine à présent que Zacharie ne viendra pas aujourd'hui, je fourre les écouteurs de mon baladeur dans mes oreilles, et accélère le pas, pressée d'arriver chez moi. Bien que je n'ai aucun besoin de réviser mon allemand, contrairement à ce que j'ai dit à mon amie ce matin.
J'arrive au passage pour piétons. Étant très, très mal placé sur la route, je n'y vois presque rien. Je suis donc contrainte de ranger mon baladeur et de me fier à mon ouïe. C'est alors que je reconnais sa voix.
- Je me demandais quand tu allais réaliser que je te suivais.
Je me retourne. Il parle français maintenant ? Depuis quand ? Je lui pose la question. Il se contente de répondre : « J'apprends vite. »
Devant mon absence de réaction, il enchaîna :
- J'aimerais t'emmener quelque part. Pour me faire pardonner ça.
Il pointe son index sur mon épaule.
Je l'observe attentivement. Ses yeux verts sont dénués de toute expression. Ils semblent endormis, attendant patiemment qu'on les réveille.
Il remet en place une mèche de ses cheveux, me sortant de ma rêverie. Se peut-il vraiment qu'il soit... Un monstre ? J'ai dû mal à formuler le mot, rien que dans mon esprit. Non, il n'en est pas un. Il était tard hier soir. J'ai peut-être, et même probablement, imaginé les deux singes beiges.
- Pourquoi pas ?
Ses yeux semblent se réveiller. Il sourit.
- Bien. Qu'attendons-nous ?!
Il prend ma main, et sans que je ne sache trop comment, je me retrouve... Ailleurs. Dans un endroit inconnu. Inconnu mais néanmoins agréable. Une immense maison se dresse devant moi. Le jardin, derrière, semble s'étendre sur plusieurs dizaines de mètres. Remarquant mon hébétitude, il précise, d'un ton chaleureux :
- Bienvenue chez moi.


Je tient à parler de
l'Anorexie, car j'en ai souffert.

Aujourd'hui, c'est la rentré!!les vacances sont finies!!